Quand j’étais enfant, cette expression me plongeait dans des abîmes de perplexité. Que venait faire mon goûter préféré dans cette histoire de pleurs intenses ?
Cette expression issue de la Bible, et plus exactement du Nouveau Testament, signifie “pleurer abondamment” ou “pleurer sans s’arrêter”. Elle évoque des pleurs importants, voire excessifs, d’où sa dimension un peu péjorative.
Les pleurs de la disciple au tombeau
Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. (Jean 20:11)
Cette femme, disciple de Jésus, vient tôt le dimanche matin pour embaumer le corps de celui qu’elle pense être le Messie, l’envoyé de Dieu pour sauver le peuple juif. Elle n’a pas pu le faire plus tôt car Jésus est mort le vendredi après-midi et qu’elle a dû respecter le sabbat. Quand elle arrive au tombeau , elle est effondrée : son Sauveur est mort comme un voleur, pendu honteusement au bois des suppliciés sur une croix. Elle pleure Jésus, son ami et son maître.
J’aime beaucoup ce passage où l’on sent toute la détresse de Marie-Madeleine endeuillée, notamment à cet endroit : “et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau”. Qui n’a pas poursuivi ses tâches quotidiennes lors d’un deuil ? Qui n’a pas eu le visage inondé de larmes en étendant le linge ou la vue qui se brouille soudain devant son ordinateur ?
Plus loin, Jésus console lui-même Marie-Madeleine :
Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »
Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. (Jean 20:12-16)
On peut trouver absurde la question identique des anges et de Jésus “Pourquoi pleures-tu?” dans un tombeau : la réponse paraît évidente en un tel lieu ! En réalité, le Christ veut ouvrir les yeux de sa disciple, aveuglée physiquement par ses larmes et moralement par son chagrin, pour qu’elle puisse le reconnaître et accéder à la grande nouvelle de sa résurrection. Je suis toujours touchée par la délicatesse de Jésus dans ce passage : il la laisse aller à son rythme, en la questionnant d’abord, puis en l’appelant avec tendresse.
Les pleurs de la prostitué repentie
On trouve également une autre figure de femme en pleurs dans les Evangiles, cette fois chez saint Luc.
“Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum”. (Luc 7:37-38)
On évoque souvent cette femme comme une prostituée, une femme de “mauvaise vie”, qui se repent de ses péchés. Il s’agit d’une tradition sans véritable fondement. Ce qui compte ici, c’est la sincérité du repentir de cette femme. C’est ça qui touche Jésus, et c’est pour ça qu’il va la consoler en lui pardonnant.
Les larmes, signes du lien et de l'amour
Celle que l’on appelle Marie-Madeleine est une création littéraire du pape Grégoire le Grand, au VIe siècle. Elle serait née de la fusion entre plusieurs figures évangéliques : Marie de Magdala, amie fidèle du Christ et libérée par celui-ci des sept démons, Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, et la pécheresse anonyme citée par Luc qui oint les pieds de Jésus.

Quoi qu’il en soit on peut voir dans l’expression “pleurer comme une Madeleine” la beauté des larmes de cette femme : les pleurs du deuil, l’affection sincère, le repentir.
Ça donne presque envie de pleurer, non ?